Le volet Suisse de la Pizza Connection: des financiers aux casinos de la Côte-d'Azur et d'Italie
En avril 1984, un vaste coup de filet est effectué entre New York, Palerme et Lugano entrainant l'arrestation et l'inculpation de 31 individus impliqué dans un réseau de distribution d'héroïne entre l'Italie et les USA surnommé "Pizza Connection" du fait que l'argent de la drogue transitait par des Pizzeria.
Parmi les inculpés figurent des financiers Suisses accusés d'avoir blanchi 250 millions de dollars dans des banques Suisses et Américaines entre 1980 et 1982. C'est justement la piste l'argent entre Lugano, Zurich & Genève qui a permis de mettre la filière à jour.
Le procès Suisse de la Pizza Connection (Septembre 1985)
Avant que le procès du chapitre Suisse de la Pizza Connection ne s'ouvre le 10 septembre 1985 à Lugano, 6 arrestations ont lieu entre temps en fin d'année 1984. Au final, ce sont 4 individus qui seront jugés:
-Franco Della Torre, un financier Tessinois
-Enrico Rossini, un homme d'affaire Tessinois
-Paul-Edouard Waridel, un homme d'affaire Turco-Suisse de Zurich
-Vito Roberto Palazzolo, un homme d'affaire Sicilien originaire de Terrasini
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Paul-Edouard Waridel, Vito Palazzolo, Franco Della Torre & Enrico Rossini
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Entre autre délits, il est notamment reproché à Della Torre & Rossini de s'être fait remettre à New York près de 40 millions de dollars par un intermédiaire, dont ils ont d'abord déposé 18 millions dans une société boursière puis d'avoir envoyé les 22 millions restant en direction de la Suisse.
L'argent aurait ensuite été vidé sur les comptes de Della Torre & Rossini pour ensuite être investi dans des sociétés du Tessin et du Panama impliquées dans le trafic illégal de devises...
Bien évidemment, les 4 accusés plaident non-coupable, et s'ils déclarent avec une certaine mauvaise foi ignorer la provenance de l'argent qu'ils ont manipulés, ils se montrent jusqu'à un certain point coopératif avec la justice Helvète.
Waridel se montre particulièrement loquace lors de son audition. Waridel est décrit comme étant le bras droit de Yasar Avi Mussullulu, un armateur Turque implanté à Zurich, qui est soupçonné d'être le principal fournisseur de morphine base de la filière de la "Pizza Connection".
Mussullulu qui est en fait un fugitif en Turquie aurait ainsi fait envoyé 2 tonnes de morphine base en échange de 400.000 armes données à divers groupes extrémistes de Turquie. Mussullulu aurait ensuite mis les voiles du côté de la Bulgarie car il aurait arnaqué la Cosa Nostra de 3 millions de dollars.
Waridel explique donc qu'il n'était qu'un simple interprète entre Mussullulu et les Siciliens. Il explique ainsi plusieurs rencontres:
-En 1983, Giuseppe "u Cavadduzzu" Ferrara, "homme d'honneur" de la cosca de Catane aurait passé une commande à Mussullulu. L'argent versé à Waridel aurait ensuite été transférée sur le compte de Mussullulu. La somme en question venait de la Banque Populaire de Lugano et les fonds venaient de mafiosi Américains (pour l'anecdote, Waridel avait fait la connaissance de Ferrara en prison à Rome alors qu'il avait été arrêté en 1978 pour... Trafic de drogue !)
-Rencontre non-datée entre Mussullulu, Nunzio La Mattina & Salvatore Priolo de la cosca de Porta Nuova et Antonino Rotolo de la cosca de Pagliarelli. La Mattina & Priolo veulent passer une commande de 300 kilos de morphine base. Problème, ils ont semble-t-il une dette de jeu envers Mussullulu qui refuse catégoriquement la livraison. Rotolo aurait arrangé l'affaire, et Waridel déclare qu'il a entendu Rotolo murmurer à l'oreille de La Mattina "Je réglerai mes comptes avec toi plus tard". Coïncidence ou pas La Mattina, est tué peu de temps après...
| Antonino Rotolo |
Le témoignage de Waridel devient en revanche lunaire quand il déclare être entré dans le trafic de drogue mandaté par les services secrets Grecs et par l'intermédiaire d'agents du FBI.
Mais le fait que Waridel mentionne Rotolo est très intéressant car peu avant le procès, Rotolo a été arrêté en avril 1985 à Rome en compagnie de Giuseppe Calo, membre de la Cupola et considéré comme l'un des principaux financier de Cosa Nostra, alors qu'il revenait d'un séjour au Canada.
Il a été démontré que les établissements bancaires du Canada font parti des banques utilisées pour le blanchiment de la "Pizza Connection". Un dénommé Antonio Ventimiglia aurait déposé en décembre 1981 1.700.000 dollars sur deux comptes appartenant à Vito Palazzolo & Della Torre. Même opération en mai 1982 avec 2.900.000 Francs Suisse.
L'argent en question venait à la base de comptes ouvert à Lugano par Pasquale & Alfonso Caruana, du célèbre clan Caruana-Cuntrera actifs entre Siculiana, Rome, le Venezuela, la Suisse, l'Angleterre, et donc le Canada (particulièrement à Montréal)
Selon un article parut dans The Montreal Gazette le 7 avril 1988, l'argent envoyé en Suisse par le clan Caruana-Cuntrera était ensuite réinvestit au sein de la Copfinance SA, une société financière dont les dirigeants étaient Adriano Corti & Renato Guisani [note à ce propos, avant de se faire blanchir (sans mauvais jeu de mots) par la justice Suisse en 1986, Corti et son comparse Guisani ont tout deux été condamnés à 6 et 4 ans de prison par contumace par un tribunal de Rome dans l'un des procès Italiens liés à l'affaire].
L'article souligne également qu'Alfonso Caruana & Giuseppe Cuffaro avaient tentés en 1978 d'introduire 600.000$ en Suisse et de se faire condamner par une amende pour violation de la loi sur les devises.
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Alfonso Caruana
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| Quelques-uns des transferts bancaires du clan Caruana-Cuntrera, incluant certains effectués en Suisse (The Montreal Gazette 7 avril 1988) |
Pour en revenir à Antonio Ventimiglia, il s'agit d'un Sicilien naturalisé Suisse étant officiellement un garagiste qui quand il ne s'occupe pas à réparer des voitures, agit comme courrier et recherche des clients pour le compte de Palazzolo et Della Torre.
A une occasion Ventimiglia à ramené d'Italie 1.200.000$ qui étaient stocké précédemment dans une glacière contenant des sardines. Les billets sentant fort le poisson, Palazzolo à l'idée de mettre du talc dessus afin de le rendre présentable. Della Torre a ensuite transporté lui même la somme par avion à New York et l'a déposé dans établissement Merryl Lynch, une institution financière Américaine.
En octobre 1982 Palazzolo apprend que le FBI surveille les opérations du duo et ordonne à Della Torre de détruire toute traces des opérations bancaires de leur société de Chiasso. Plus tard Della Torre décide de ne plus se rendre à New York et charge l'un de ses associés, Enrico "Chico" Frigerio de s'occuper du transfert d'argent.
Selon Della Torre, les 3 millions (!!!) viennent d'un rabbin qui a déposé l'argent dans une synagogue (!!!). Frigerio est chargé de remettre la somme à Filippo Salamone, ami de Palazzolo également originaire de Terrasini et actif en Pennsylvanie (pour info Filippo Salamone faisait initialement parti des 31 inculpés d'avril 1984, mais n'a finalement pas été poursuivi, au contraire de son frère Salvatore qui sera déclaré plus tard coupable de fraude bancaire et condamné à 5 ans de prison).
Le profil d'Enrico Rossini est similaire à ceux de Della Torre & Rossini. Il serait rentré dans la filière de blanchiment par l'intermédiaire de Della Torre qui l'aurait présenté à Palazzolo en 1982. Là encore plusieurs millions de dollars aurait été blanchi par la société de Rossini, la Traex SA (un article de La Reppublica indique que la firme était liée aux Familles Bonanno de NY et de Détroit)
Le 26 septembre 1985, après 2 jours de délibérations, le tribunal rend son verdict:
-Paul-Edouard Waridel est condamné à 13 ans de prison
-Vito Palazzolo est condamné à 3 ans de prison
-Franco Della Torre est condamné à 2 ans de prison
-Enrico Rossini est acquitté de toute les charges pesant contre lui
Mais le volet Suisse de la Pizza Connection est loin d'être terminé
Enrico "Chico" Frigerio et l'argent sale dans les casinos
Comme on l'a vu lors du procès de la Pizza Connection, le nom de Enrico Frigerio est nom qui est apparut parmi les financier Suisse l'affaire.
Son nom apparait pour la première fois lors de l'affaire de la FINAGEST, une entreprise d'investissements qui a fait faillite après des spéculations plus qu'hasardeuses à Porto Rico et à Miami.
Précisons que rien n'est dû au hasard puisque Della Torre est un ami de Frigerio et ancien employé de la FINAGEST et que le duo travaillait auparavant ensemble au sein de la Finter Bank Chiasso jusqu'à la fin des années 1960...
Un mandat d'arrêt est émis en 1985 et Frigerio est arrêté avec 4 autres individus incluant son frère Emiliano. Mais Frigerio décide qu'il est plus prudent de prendre la fuite et prend la direction de l'Amérique du Sud.
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| Enrico Frigerio |
Non seulement la justice Suisse cherche à mettre la main sur Frigerio pour l'escroquerie de la FINAGEST, mais c'est également le cas de la justice Italienne a émis un mandat d'arrêt contre lui pour son implication dans le blanchiment d'argent au sein de plusieurs casinos entre la Côte d'Azur et l'Italie.
Frigerio aurait en effet acquit pour le compte des frères Giuseppe & Alfredo Bono le casino de Beaulieu-sur-Mer en 1981. Anecdote amusante à ce propos, Alfredo Bono était un joueur compulsif qui fréquentait assidûment les casinos des Riviera Française et Italienne, dont le casino de Beaulieu où il avait une dette de plusieurs millions de Francs. Quoi de plus pratique pour effacer sa dette que d'acquérir le dit casino ?
Il se trouve que selon le pentito Francesco Marino Mannoia, Alfredo Bono pour éponger ses dettes, revendait de l'héroïne qu'il obtenait par l'intermédiaire de Michele Zaza qui lui même était fourni par le caïd Marseillais Gaëtan Zampa.
En 1984, alors qu'il se trouve aux Etats-Unis, Frigerio est approché par 2 agents infiltrés de la DEA, et entre autre confessions (il leurs auraient avoué qu'avec l'un de ses associé il aurait aspergé d'essence un "associé afin de le menacer et de prendre le contrôle de sa compagnie), aurait déclaré qu'il était le véritable gérant du casino de Beaulieu.
Frigerio leur avoue également qu'il a effectué en 1983 le transfert de 40 millions dollars venant de provenance illégale. Les 2 agents expliqueront par la suite que Frigerio leur aurait ensuite chargé de transférer à Lugano 30 millions de dollars venant entre autres de vols, extorsions et autres activités douteuses...
Frigerio et les 2 agents de la DEA se seraient également rencontrés à plusieurs reprises à Porto Rico & Palerme, mais qu'à la suite des arrestations d'avril 1984, les rencontres auraient cessés notamment à cause de l'inquiétude de Frigerio.
Frigerio ne le sait pas encore, mais les confidences qu'il a faite aux agents de la DEA donneront par la suite un mandat d'arrêt à son encontre délivré par Rudolph Giuliani et que cette affaire n'a pas finie de lui empoisonner la vie.
Mais le casino de Beaulieu n'est pas le seul casino dans le viseur de la justice Italienne, épaulée d'ailleurs dans cette affaire par la DEA. Cinq autres casinos sont dans le viseur des autorités: celui de Saint-Vincent (Val D'Aoste), Chamonix, (Haute-Savoie), le Ruhl (Nice), Campione (enclave Italienne à Lugano) et celui de San Remo (Ligurie).
Autant le dire tout de suite, la partie de l'affaire sur les casinos ne donnera pratiquement rien. Les poursuites sur le principal visé, celui de Beaulieu, ne débouchera sur rien et seul celui de Saint-Vincent aboutira à un procès. Cela dit, les infos ressortant des enquêtes sur l'implication de Cosa Nostra dans le blanchiment d'argent au sein des casinos s'avèreront très intéressantes.
Le personnage qui cristallise alors toute l'attention à l'époque et qui passe pour être le point central du volet des casinos est le patron du Ruhl, Jean-Dominique Fratoni. L'homme d'affaire Corse, est ami du maire de Nice, le sulfureux Jacques Médecin, a acquit le Ruhl en 1974 et a pour ambition de faire de Nice une sorte de nouveau Las Vegas. Pour ce faire il ambitionne de racheter le "Palais de la Méditerranée" qui est la propriété de Renée Le Roux. Or Renée Le Roux refuse catégoriquement de vendre son casino à Fratoni qu'elle accuse d'être un homme de paille de la mafia.
Pour faire court sur une histoire très longue et compliquée, Fratoni finira par acquérir le casino de madame Le Roux après que la fille de cette dernière, Agnès, lui ait vendue ses parts. Malheureusement, Agnès Le Roux disparait en 1977, assassinée par Maurice Agnelet, son amant et accessoirement proche de Fratoni (pour plus de détails lire impérativement "Une femme face à la Mafia" de Renée Le Roux & "Agnès Leroux: enquête sur la disparition d'une jeune femme riche" + "Mafia, Argent & Politique: enquête sur les liaisons dangereuses dans le Midi" de Roger-Louis Bianchini. Amis Anglophones, procurez-vous et traduisez ces livres) et le casino ferme ses portes peu après. Fratoni finira par fuir en Suisse, accusé par la justice Française de fraude fiscale.
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| Jean-Dominique Fratoni (à la roulette) |
Si Renée Le Roux se méfie, à juste titre, de Fratoni c'est que l'homme est entouré par des personnages pour le moins douteux. Ses principaux associés, Cesare Valsania, Luigi Arrigo & Antonio Pistilli, sont ainsi soupçonné de faire parti des "Banquiers Romains", l'un des canal de blanchiment d'argents de la Mafia. Le frère de Valsania, Renato, est d'ailleurs soupçonné de faire parti du "Clan dei Marsigliese", un gang composé de Franco-Italiens actif à Rome impliqué dans plusieurs kidnappings dont celui de Giovanna Amati, la fille d'un propriétaire de salles de cinémas.
Le nom de Cesare Valsania est également apparut lors de l'affaire de Cristina Mazzotti, autre célèbre affaire de kidnapping survenue en 1975 dans laquelle la 'ndrangheta est impliquée... (Valsania & Arrigo se feront plus tard épinglés pour une affaire de trafic de devises entre l'Italie et la Suisse)
Une affaire douteuse reliant directement Fratoni avec la mafia à lieu le 13 juin 1977 quand madame Le Roux paye un rabatteur pour qu'il attire 80 joueurs Italiens afin de les faire jouer au casino. Pratique relativement courante. Sauf que sur les 10 personnes censées flamber au casino, seule 2 se présentent. Les joueurs ont donc basiquement était payé pour faire autre chose que s'adonner au jeu et passer du temps au casino. Bilan de l'opération: un déficit de 10 millions de Francs et l'une des principale raison qui provoquera la faillite du Palais de la Méditerranée.
Parmi ces 10 "joueur" figuraient le futur patron de F1 Flavio Biatore, et surtout Felice Cultrera & Gaetano Carollo, 2 "hommes d'honneurs" originaires de Catane.
Notes:
-le membership de Cultrera est débatable, mais l'homme le financier Catanais était réputé pour être un proche du boss Benedetto Santapaola
-A ce moment là Fratoni était déjà l'actionnaire majoritaire du Palais. Il est dit que le but de la faillite du Palais & et du Ruhl avait pour but un projet de construction hôtelier dirigé par Jacques Médecin. Projet qui n'aboutira finalement jamais...
-La pègre Française avait également des intérêts dans les casinos de Nice puisque Jean-Pierre "Bimbo" Roche, lieutenant de Gaëtan Zampa, a avant de se faire assassiner le 30 juillet 1977 travailler pour le Palais lors de la courte période où Fratoni y était actionnaire.
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| Gaetano Carollo |
Retour aux casinos d'Italie où un vaste coup de filet est organisé par la police Italienne en novembre 1988 à Saint-Vincent, Campione & San Remo. Parmi les personnes arrêtés figurent entre autre un certain Franco Chamonal, administrateur de la SITAV, société qui gère la direction du casino de Saint-Vincent.
Chamonal était auparavant le propriétaire du casino de Chamonix en compagnie de Paolo Giovannini, qui a réussi a échapper aux arrestations. Le casino de Chamonix est considéré par les enquêteurs comme étant une filiale de celui de Saint-Vincent et tout comme les autres est considérés comme étant l'une des principales lessiveuses d'argent de la mafia et des frères Bono.
Juste histoire de montrer que tout est connecté, Chamonal & Giovannini ont racheté le casino de Chamonix à Armand Chambaz qui est aussi le PDG du casino de... Beaulieu ! Si vous êtes perdus en lisant ceci et tout ces prêtes-noms, simplifiez dans votre tête et dites-vous qu'en fait ce sont les frères Bono qui sont en charge...
Point commun avec le Ruhl (en plus que les 2 administrateurs connaissent bien Fratoni), le casino de Chamonix est aussi soupçonné d'avoir blanchi de l'argent provenant d'un kidnapping, celui-ci en lien avec l'anonima sequestri (le nom sonne exotique, mais non il ne s'agit pas d'une organisation criminelle mais plutôt d'un mode opératoire concernant des kidnappings, notamment perpétrés en Sardaigne).
L'affaire des casinos qui est au point mort depuis un moment finie par rebondir le 20 mai 1987, lorsque 6 individus sont arrêtés à Lugano. Parmi les noms divulgués figurent: Jean-Dominique Fratoni, Armando Magnelli, Giulio Giannuzzi & Paolo Giovannini.
Tous sont extradés vers leurs pays d'origine sauf Fratoni dont l'extradition est finalement refusée par la Suisse. Il prend la direction de Saint-Domingue puis Curaçao d'où il est finalement expulsé avant de s'installer au Paraguay pour un temps. Il finira finalement par revenir en Suisse où il meurt en 1994.
Le procès du casino de Saint-Vincent s'achève finalement en février 1989. Sur les 70 accusés (!), la plupart écopent de peine plus ou moins lourde. Les 3 principaux accusés, Mario Andrione (responsable politique du Val d'Aoste), Franco Chamonal & Paolo Giovanni sont condamnés respectivement à 6, 5 et 3 ans d'emprisonnement.
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| Paolo Giovannini & Franco Chamonal |
Quant à Enrico Frigerio que l'on avait presque oublié, il est arrêté en décembre 1987 au Brésil puis finalement extradé en juin 1988. Le procès de la FINAGEST n'a seulement lieu qu'en 1995 et Frigerio est condamné à 3 ans de prison.
Les ennuis de Frigerio ne sont pour autant pas complètement terminés. En 2007, la télévision Suisse tourne un documentaire sur la vie de Frigerio. Manque de chance pour lui, Frigerio semble ignorer qu'un mandat d'arrêt émis par Rudolph Giuliani pèse contre lui depuis 1987 sur des charges d'extorsions et de conspiration afin d'importer de la drogue sur le territoire Américain.
Frigerio, qui est accompagné de l'équipe de tournage, est ainsi arrêté le 3 septembre 2007 à son arrivé à l'aéroport JFK de New York.
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| mugshot de Frigerio en 2007 |
Frigerio est finalement libéré le 26 novembre après que les charges qui pesaient contre lui soient abandonnées à cause du fait que les bandes l'incriminant aient été détruite.
Le cas d'Oliviero Tognoli
Le dernier volet de l'affaire de la Pizza Connection du côté Suisse concerne l'homme d'affaire Italien originaire de Brescia et propriétaire d'un aciérie à Ragusa, Oliviero Tognoli.
Tognoli a un emploi du temps chargé avec la justice puisqu'il est recherché par les autorités Suisses, Américaines & Italiennes pour avoir transféré et blanchi entre l'Amérique et la Suisse plusieurs millions de dollars par le biais de son entreprise.
A noter que du côté Italien la justice recherche également les hommes d'affaires Siciliens Salvatore Sbregia & Carlo Castronovo (le cousin de Castronovo, Francesco, est poursuivi dans le procès Américain dont vous pouvez lire un résumé des témoignages de Tommaso Buscetta & Salvatore Contorno ici)
Problème, Oliviero Tognoli a été vu pour la dernière fois au printemps 1983 où il logeait dans un hôtel de Palerme et a mystérieusement disparu depuis. Il commence à se chuchoter que Tognoli aurait été victime de la lupara bianca, mais comme il l'expliquera plus tard il s'est en fait réfugié un temps au Kenya.
| Oliviero Tognoli |
Notamment mis en cause par les pentiti Francesco Marino Mannoia, Salvatore Contorno & Salvatore Amendolito, Tognoli est arrêté en octobre 1988 à l'aéroport de Lugano alors qu'il s'apprêtait à rendre visite à sa femme à Venise. Anecdote qui fera assez sourire les journaux Suisse de l'époque, Tognoli n'a pas juste été arrêté par hasard, mais il s'est bel et bien rendu de lui même à police lors d'une mise en scène établie entre lui et la police Tessinoise.
A ce propos, la femme de Tognoli est la soeur (ou cousine) de Filippo Matassa, un temps mis en cause dans le volet Américain de l'affaire, et le témoin à son mariage n'était nulle autre que Leonardo Greco, le capo du mandamento de Bagheria et membre à la Cupola.
Lors de son procès qui s'ouvre en novembre 1990, Tognoli explique qu'il a connu Greco dans le cadre de ses affaires durant les années 1970 car Greco était alors entrepreneur dans la construction. Tognoli explique qu'il n'est pas soupçonneux lorsqu'il ouvre en 1980 un compte au Crédit Suisse de Bellizone au nom de Greco, compte sur lequel est versé 1 millions de dollars, qui selon Tognoli, proviendrait d'évasion fiscale (ça sonne probablement mieux que argent venant du trafic d'héroïne).
Greco lui aurait ensuite demandé de l'aider à investir l'argent dans le secteur de l'immobilier en Sicile, et pour ce-faire, Tognoli se serait tourner vers Salvatore Amendolito, un homme d'affaire Milanais.
Tognoli, qui affirme n'avoir touché aucune commission dans ses affaires, n'aurait appris qu'en 1982 que Greco était un mafieux et aurait ensuite définitivement coupé les ponts en 1984 lors du fameux blitz de 1984 où 366 mafiosi sont inculpés et arrêtés grâce au témoignage de Tommaso Buscetta.
Paul-Edouard Waridel est appelé à témoigner car l'accusation aimerait connaitre sa version sur le fait que Tognoli aurait versé 1.5 millions de dollars sur un compte d'une banque de Mendrisio, somme qui devait s'ajouter à 5 millions qui devaient être remis à Waridel pour l'achat de 400 kilos de morphine base. Mais Waridel déclare qu'il ne connait pas Tognoli et ne sait rien à propos d'achat de morphine base car son truc, dit-il, était la contrebande de cigarettes avec son compère Mussullulu...
Sont également interrogés les cousins Antonio Cavalleri & Remo Donada à propos d'un transfert de 8 valises de 2.3 millions de dollars, mais les deux déclarent que Tognoli n'était pas au courant qu'il s'agissait d'argent venant du trafic de drogue.
Cavalleri & Donada avaient été interrogés lors du procès de 1985, et Cavalleri avait expliqué que c'était lui qui avait présenté Tognoli au directeur de la banque du Crédit Suisse Bellinzone. Tognoli était en charge d'organiser le transport de l'argent de l'Amérique vers la Suisse par avion.
Un employé de SwissAair, Antonio Esposito, aurait ainsi effectué au moins 8 huit voyages en échange de 15.000 Francs Suisse par voyage. L'argent lui était remis par Filippo Salamone (voir plus haut) mais également par Filippo Matassa.
Les relations entre Tognoli & Cavalleri auraient ensuite été interrompues après que Cavalleri ait tenté de faire croire à Tognoli qu'une valise de 300.000$ été bloquée par la douane de l'aéroport Kennedy.
Fort heureusement pour lui, Cavalleri aurait ensuite rendue la valise à son propriétaire, Giuseppe "Pino" Ganci, un capodecina de la cosca de San Giuseppe Jato installé dans le New Jersey depuis les années 1960...
Un mot tout de même sur Donada, dont le nom est apparu à plusieurs reprises dans l'affaire des casinos de la Riviera et qui sera cités quelques années plus tard lors de la tentative de prise contrôle du casino de Menton en 1988 par l'intermédiaire des hommes de Michele Zaza...
Au final bien que 7 ans de réclusion aient été requit, Tognoli n'est condamné qu'à 3 ans et demi de prison. Etant emprisonné depuis 1988, il est éligible pour une libération 4 mois après le verdict. Tognoli est ensuite expulsé de la Suisse et en juin 1991 est assigné à résidence par le tribunal de Brescia pour 3 ans et demi
La suite
Les accusés des divers procès Suisse vont par la suite faire parler d'eux à plusieurs reprises au cours des années suivantes.
En décembre 1986, Vito Palazzolo bénéficie d'une autorisation de sortie pour passer les fêtes avec sa famille. Au lieu de cela, il en profite pour fausser compagnie à la justice Suisse et n'est arrêté qu'en février 1988 en Afrique-du-Sud. Il est libéré de prison en 1989 et est expulsé de la Suisse
Franco Della Torre est également libéré en 1989 et est en 2001 brièvement mis en cause dans un trafic de cigarettes de contrebande au côté de caïds Napolitains avant d'être blanchi dans cette affaire.
Paul-Edouard Waridel est de nouveau arrêté en août 1995 pour trafic de drogue alors qu'il avait été libéré sur parole. Waridel qui prétend avoir été piégé dans cette affaire par un agent de la DEA, est accusé d'être l'instigateur d'une transaction de 100 kilos d'héroïne. Il est condamné à 9 ans de prison + les 4 ans qu'il lui restait à purger de sa précédente peine.
| Paul-Edouard Waridel circa 1995 |
Olivierio Tognoli qui a entre temps été condamné à 6 ans par contumace en 1992 par la justice Italienne, vit en France et est arrêté en juillet 1999 sur une plage de Juan-les-Pins. Malheureusement pour la justice Italienne, la France ne peut extrader Tognoli sur les faits qui lui sont reprochés car selon la loi en vigueur à ce moment là, la France ne peut extrader un ressortissant sur des faits antérieur à 1987...
Quant à Adriano Corti qui fut blanchi de toute les charges pesant contre lui en 1986, il devient la même année un informateur pour la DEA et permet la saisie de 100 kilos d'héroïne dans un camion à Lugano. L'affaire impliquant des mafieux Turques, Italiens et Libanais débouchera sur la condamnation à 17 ans du principal instigateur de la filière, le mafieux Turque Haci Mirza.
Organigramme de la Pizza Connection publié par la presse Américaine en avril 1984 montrant l'implication de quelques Suisses dans la filière










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