Le témoignage de Tommaso Buscetta au procès de la Pizza Connection
Le 24 octobre 1983, Tommaso Buscetta, membre éminent de la cosca de Porta Nuova est arrêté aux alentours de Sao Paulo sur la base d'un mandat d'arrêt international pour meurtre et trafic de drogue.
En juillet 1984 Buscetta rencontre à brasilia le juge Falcone et accepte de collaborer avec la justice.
Buscetta revient en Italie le 15 juillet 1984 et fourni des éléments aux juges Falcone, Borsellino, Caponnetto; Guarnella & Di Lello Finuoli permettant d'émettre un mandat d'arrêt contre 366 mafiosi. Le blitz a lieu le 29 septembre 1984 et vous pouvez trouver la liste des inculpés dans cet article.
Buscetta est extradé vers les USA où contre son témoignage pour le procès de la "Pizza Connection" impliquant plusieurs mafiosi Siciliens, il lui est promis protection et une nouvelle identité.
Le témoignage de Buscetta dure 9 jours.
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| Tommaso Buscetta (à droite) lors de son arrivée aux USA vers septembre/octobre 1985 |
Jour 1
Pour le premier jour de son audition, Buscetta explique son rite d'initiation (qu'il qualifie de ridicule) au sein de Cosa Nostra en 1948:
-"On m'a donné une image de saint, puis on m'a piqué le doigt. J'ai dû frotter le sang sur l'image, puis y mettre le feu et prononcer un serment. Après ce rituel, j'ai dû jurer que si je trahissais l'organisation, ma chair brûlerait comme celle de ce saint."
La description de la cérémonie de Buscetta correspond en tout point à celles décrites par plusieurs pentiti Américains: Joseph Valachi (soldat de la Famille Genovese), Adelino "Jimmy" Fratianno (acting underboss de la Famille de Los Angeles), Angelo Lonardo (acting boss de la Famille de Cleveland) ou encore Alfonso Attardi (soldat de la Famille Gambino)
Note: le cas d'Attardi est un peu à part à comparer des autres car s'il n'a pas témoigné publiquement, son témoignage à été publié par la presse sous l'identité de "Jim Carra" dans les années 1960. De plus Attardi a été intronisé en Italie, vraisemblablement au sein de la cosca de Sciacca d'où il est originaire.
-Buscetta explique qu'il trahissait l'organisation en échange de sa protection ainsi qu'à celle de sa famille, car ses 2 fils, Benedetto & Antonio, son frère, Vincenzo, ainsi que 4 autres membres de sa famille ont été assassinés par Cosa Nostra.
Buscetta explique que violer la loi du silence, l'Omertà, comme il vient de le faire implique "La Morte".
-A Propos de son initiation, Buscetta explique qu'il n'en a pas fait la demande, mais qu'il a été "invité à joindre l'organisation.
Il poursuit en expliquant qu'il a été intronisé au rang de soldati au sein de la cosca (Famille) de Porta Nuova, l'un des quartiers de Palerme, et que la cosca comptait à ce moment là une vingtaine de membres.
Il a ensuite été présenté à son capo, Gaetano Filippone qui lui a souhaité ses meilleurs voeux.
A propos de la structure d'une cosca de Cosa Nostra:
-Buscetta explique que le Capo (Boss) est élu par la Famille, et que lui même élit son Sotto Capo (Underboss) et ses Capidecina (Caporegime), qui eux même ont des Soldati (Soldiers) sous leurs autorités.
Plus surprenant, Busceta explique que chaque Famille élit 3 Consigliere, que les capi doivent consulter pour chaque décision importante.
Je pense qu'il s'agit ici probablement d'une erreur de traduction ou d'interprétation, puisque dans ses futures déclaration Buscetta n'a plus mentionné plus d'un Consgiliere par Famille.
Quoi qu'il en soit, cela rejoint ici la description du mode d'élection du Consigliere expliqué par Bill Bonanno dans son livre "Le Dernier Testament" (livretrès dispensable par ailleurs, mais il a le mérite d'avoir quelques infos utiles comme celles-ci, malheureusement trop rares...)
Au contraire des cosche Italienne, le rang de Consigliere ne semble pas une règle écrite dans le marbre, car certains boss comme Stefano Magaddino ne semblent par utiliser ce rang de peur de trop diviser leurs autorités.
Ainsi Magaddino explique lors d'une conversation enregistrée à son insu alors qu'il discutait avec entre autre Paul Sciacca,boss de la Famille Bonanno:
Donc, la structure d'une cosca telle qu'elle est décrite par Buscetta (tout en prenant l'info des 3 Consigliere avec des pincettes) est la suivante:
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| Newsday 30 octobre 1985 |
Pour finir propos de la structure de la Famille, Buscetta ajoute que chaque nouveau membre est choisi à l'issue d'un vote.
A propos des us et coutumes de Cosa Nostra:
-Malgré une hiérarchie stricte, chaque membre est appelé "Un uomo d'onore" (un homme d'honneur)
-Buscetta explique qu'il "devait attendre que le boss me donne des ordres par l'intermédiaire de mon capodecina pour savoir si je devais coopérer ou participer à une entreprise particulière."
Il poursuit en expliquant qu'un "homme d'honneur" doit toujours dire la vérité à une autre "homme d'honneur" et que si il ne dit pas la vérité il risque l'expulsion ou la mort.
-Selon Buscetta, la règle la plus stricte de Cosa Nostra est de ne jamais parler des activités de la Famille même en son sein. Il explique aussi la fameuse règle que si il était présenté à d'autres mafieux, l'expression utilisée est "Nostro amico" et si il s'agissait d'une personne extérieure à la mafia l'expression est "Mio Amico".
-Dernier point, et non des moindres, Buscetta explique qu'en plus de la Sicile, la Mafia (comprendre ici Cosa Nostra), existe également dans 2 autres régions. Il s'agit vraisemblablement de la Famille de Naples et de la Calabre.
A propos de la Calabre, Buscetta explique dans son autobiograhie que 2 cosche en Calabre ont été crées vers 1956. L'idée avait été lancée après qu'Albert Anastasia, Calabrais et boss de l'actuelle Famille Gambino, ait mandaté Giuseppe Idà, lui aussi Calabrais et boss de la Famille de Philadelphie, de venir en Italie afin de créer une Famille en Calabre.
Idà n'ayant aucun pouvoir là dessus est allé trouver Lucky Luciano, en exil en Italie depuis 1946, afin de l'aider dans cette tâche. Mais Luciano n'ayant pas plus d'autorité que Idà en Italie entra en contact avec Gioacchino Pennino, capo de la Famille de Brancaccio.
Il semblerait que "Première Guerre de la Mafia" en 1962-1963 à Palerme (article à ce sujet en cours d'écriture) ait empêché le projet de se concrétiser définitivement, mais selon Buscetta, plusieurs 'ndranghetisti tels que Antonio Macri de Siderno, Girolamo Piromalli de Gioia Tauro & Paolo De Stefano de Reggio de Calabre étaient "Uomini d'onore" en Calabre.
A propos de De Stefano, on peut légitimement se demander si son boss Domenico Tripodo n'était pas également lui même un "homme d'honneur", tant il était tout aussi influent que Macri & Piromalli à cette époque là.
Jour 2
Sur cette journée d'auditions, il est demandé à Buscetta si parmi les accusés l'un d'entre eux lui a été présenté comme étant un membre de Cosa Nostra.
Buscetta identifie Gaetano Badalamenti & Salvatore Lamberti
-Salvatore Lamberti est un capodecina de la cosca de Borgetto
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| Salvatore Lamberti photographié lors d'une surveillance du FBI |
-Gaetano Badalementi est le principal accusé lors du procès de la "Pizza Connection" au côté de Salvatore Catalano, acting boss de la Famille Bonanno.
Buscetta explique qu'il a rencontré Badalamenti dans les années 1950 alors qu'il était simple soldato au sein de la cosca de Cinisi. Badalamenti est ensuite devenu sotto capo en 1958-1959 avant de devenir boss dans les années 1960 (très vraisemblablement après juin 1963 et le meurtre de Cesare Manzella).
-Badalamenti est ensuite devenu le chef de la Cupola en 1975 avant d'en être expulsé en 1978. Interrogé de la raison de l'expulsion de Badalamenti, Buscetta explique:
"M. Badalamenti était le grand ami d’un ami à moi, Salvatore Greco, qui était mal vu par les Corleonesi. Lorsque la campagne d’élimination des proches de Salvatore Greco a commencé, Gaetano Badalamenti fut l’une des premières victimes"
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| Gaetano Badalamenti lors de son extradition vers les USA en novembre 1984 |
-Buscetta identifie également Giuseppe "Pino" Ganci comme étant un membre de Cosa Nostra. Ganci aurait été présenté à Buscetta comme étant un "Uomo d'onore" et capodecina de la cosca de San Giuseppe Jato durant les années 1950. Ganci est identifié par l'intermédiaire d'une photo car étant malade, il n'assiste pas au procès.
-Buscetta identifie également Vito Badalamenti & Vincenzo Randazzo, respectivement fils et cousin de Badalamenti, mais ne précise pas s'ils sont membres de Cosa Nostra.
En plus de ceci, Buscetta continue de décrire sa vie au sein de Cosa Nostra:
-En 1952, il a été suspendu par sa cosca pendant 6 mois pour avoir trompé sa femme. Les conséquences ont été qu'il lui était interdit d'assisté à toute réunion mafieuse, d'être impliqué dans toute activité liées à celle-ci, ou de saluer ses comparses.
-Buscetta a été fortement réprimandé après avoir été arrêté pour contrebande de cigarettes dans les années 1950 à Tarente, trafic dans lequel la plupart des Familles étaient impliquées.
Jour 3
Sur cette journée d'audition, Buscetta s'attarde principalement sur 2 sujets: Gaetano Mazzara & ses relations avec les mafiosi d'Amérique.
-Buscetta identifie Gaetano Mazzara comme étant un membre de la cosca de Noce et que ce dernier aurait été intronisé en 1978. Selon Buscetta, le rôle de Mazzara au USA est de faciliter la distribution de l'héroïne une fois qu'elle est entrée sur le territoire.
Buscetta explique qu'au milieu des années 1980, une réunion eut lieu à Palerme où Antonino Salamone, capo du mandamento (district) de San Giuseppe Jato et boss de Giuseppe Ganci a tenté de le recruter pour son opération d'envoi de drogue en direction des Etats-Unis.
Buscetta explique que Salamone envoie l'héroïne aux USA directement à Giuseppe Ganci. Ganci qui est largement suspecté par le FBI d'être le principal artisan de la filière au côté de Salvatore Catalano.
Buscetta dit qu'il aurait décliné la proposition car il aurait eu peur si il avait été pris d'être condamné à une sentence à vie.
| Antonino Salamone circa 1997/1998 au Brésil |
-Buscetta explique qu'il a rencontré Salvatore Lucania aka Lucky Luciano au cours des années 1950 et qu'il lui aurait dit que la majeure différence entre les Cosa Nostra Siciliennes & Américaines était que cette dernière avait une Commission afin de régler les différents problèmes entres Familles.
Buscetta aurait voulu soumettre l'idée à ses confrères mafiosi, mais à cette époque les liens entre mafiosi Siciliens & Américains étaient rompus pour une raison qu'il ignore et que cette conversation entre lui et Luciano ne pouvait être officielle.
Buscetta ajoute qu'en 1957 l'idée de créer une Commission en Sicile est devenue officielle à la suite de rencontres avec Joseph Bonanno et que la Commission a finalement été crée en 1959 principalement dans le but de régler des conflits qui ont déchiré Cosa Nostra durant cette décennie.
Le rôle de Buscetta aurait été de convaincre les différents Capi que la solution de la Commission était la plus pratique pour leurs intérêts et indique qu'il a été aidé dans cette tâche par Gaetano Badalamenti.
-En 1963, suivant le "Massacre de Ciaculli", Buscetta est parti pour les USA en passant précédemment par le Mexique. Il s'est présenté à différents mafiosi, notamment Carlo Gambino, comme étant un "Uomo d'onore". Buscetta déclare:
"Ils m’ont accueilli mais m’ont dit de m’abstenir de toute activité illégale et de toute conversation avec la Mafia. Je ne devais pas m’en mêler."
Ce qui ne l'a pas empêché d'être impliqué avec Frank Cotroni, soldat de la Famille Bonanno à Montréal, dans l'importation d'immigrés Siciliens vers les USA, notamment pour travailler dans des Pizzeria et s'impliquer dans le trafic de drogue.
Jour 4
Cette journée d'audience s'attarde principalement sur Gaetano Mazzara & Giuseppe Ganci, l'identification de Carmine Galante, de quelques rencontres avec Gaetano Badalamenti et de l'utilisation d'éléments étrangers à Cosa Nostra.
-Buscetta identifie les voix des Mazzara & Ganci sur 9 écoutes effectuée entre aout 1983 et mars 1984. Il en est d'autant plus sûr qu'il déclare avoir parlé de nombreuses fois avec les deux au fil des années.
Ganci qui est absent du procès pour cause de maladie (il décèdera d'ailleurs en février 1986 avant la fin du procès) est décrit par les autorités comme étant la liaison entre les mafiosi du New Jersey poursuivis et Salvatore Catalano à New York.
-Buscetta identifie sur une photo, Carmine Galante. Il déclare qu'il ne le connaissait jusqu'alors que sous le surnom de "Lilo" et qu'il lui a été présenté par Joe Bonanno lors de son voyage à Palerme en novembre 1957. Bonanno lui aurait présenté Galante en lui disant "È un nostro amico"
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| Carmine Galante circa 1959/1960 |
-Buscetta explique ensuite une série de rencontres avec Badalamenti entre 1982 et 1983 à Rio de Janeiro & Belem alors que les deux se trouvaient au Brésil. A ses occasions, Badalamenti aurait demandé à Buscetta de revenir à Palerme à cause des problèmes à Palerme avec les Corleonesi.
Comme le racontera plus tard Buscetta, ce sont d'ailleurs ses rencontres avec Badalamenti qui causeront les assassinats de plusieurs membres de sa famille.
Buscetta déclinera en lui disant que le moment n'était pas encore venu de revenir.
-A propos des personnes extérieures à la Mafia, Buscetta explique qu'il n'a jamais mentionné Cosa Nostra ou ses règles à un non-initié.
Mais, poursuit-il, la Mafia utilise beaucoup et souvent des éléments extérieurs pour leurs activités et que le plus souvent ils ne leurs étaient pas dit qu'ils travaillaient pour la Mafia et ils leurs étaient seulement dit qu'ils devaient respecter la loi du silence.
Buscetta explique qu'il ne s'entourait que de personnes qu'il connaissait et en qui il avait entièrement confiance. Il ajoute qu'ainsi il n'avait pas à leurs expliquer les conséquences pour eux s'ils enfreignaient l'Omertà.
"Si une personne que j'avais engagée a trahi, alors j'étais le seul responsable"
Buscetta ajoute enfin, il n'y a pas de règles dans la Mafia, il y a des attitudes.
Jour 5
Les principaux point abordés durant cette journée concernent Gaetano Mazzara & Salvatore Catalano.
Après avoir rappelé que Mazzara a été intronisé en 1978 au sein de la cosca de Noce, Buscetta explique que c'est en 1980 lors d'une rencontre avec Salvatore Inzerillo, capomandamento de Passo di Rigano et membre de la Cupola, qui lui a été expliqué le statut de Mazzara au sein de Cosa Nostra
Dialogue entre Richard Martin, assistant du procureur & Buscetta :
-RM: Salvatore Inzerillo vous a dit que Gaetano Mazzara était devenu membre de la Mafia?
-TB: Oui
-RM: Dans quel contexte le sujet a-t-il été abordé?
-TB Il est apparu que la Mafia ne pouvait trafiquer de la drogue qu'avec d'autres membres de la Mafia. Pour illustrer davantage ce concept, il m'a dit que Gaetano Mazzara était venu à Palerme pour devenir un "homme d’honneur", pour s’impliquer dans cette activité et qu’il est ensuite retourné aux États-Unis.
-RM: Qu’a dit Inzerillo à propos de ce que Mazzara a fait après son retour aux États-Unis?
-TB: Cétait lui qui recevait la drogue de la Famille à laquelle il (Inzerillo) appartenait et de la Famille à laquelle il (Mazzara) appartenait.
TB: On conseille toujours les autres membres lorsqu'il y a un nouvel homme d'honneur, et comme la conversation portait sur le trafic de drogue, il (Inzerillo) voulait me dire qu'un membre de la famille Noce aux États-Unis était en mesure de recevoir de la drogue.
-RM: Quelle était la signification de sa déclaration?
-TB: La sécurité de la personne aux États-Unis.
-RM: La sécurité dans quel sens?
-TB: Parce qu'il (Mazzara) était un mafioso, un homme qui ne parlait pas et qui était donc fiable.
[Extrait du Star Ledger du 7 novembre 1985]
-A propos de Catalano Buscetta explique que des Mafiosi à Palerme lui auraient conseillé que s'il se rendait aux Etats-Unis, Catalano pourrait l'aider à trouver un avocat ainsi qu'un posto.
Malheureusement, ce qui aurait dû être une des parties les plus intéressantes du procès est parasitée à cause de la traduction du mot "posto", le mot voulant dire "travail, endroit pour vivre, ou cache.
Après plus de 2h de débats, la finalité est qu'ici le mot voulait dire maison ou endroit pour se cacher.
Dommage car il aurait ainsi pu être aborder les relations entre Buscetta et les cousins Salvatore "Toto" Catalano et son cousin du même nom surnommé "Sacà". Ce dernier, cousin de l'acting boss de la Famille Bonanno, était un membre de la cosca de Cimmina, en cavale aux USA depuis 1963. C'est notamment lui qui a présenté Buscetta à Carlo Gambino vers 1963/1964.
Salvatore "Sacà" Catalano aurait probablement été également poursuivi lors du procès de la "Pizza Connection" s'il n'avait pas été assassiné pour d'obscures raisons en novembre 1983.
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| Salvatore "Toto" Catalano, acting boss de la Famille Bonanno |
Note: Giuseppe Ganci, Gaetano Mazzara & Salvatore "Sacà" Catalano ont tous trois assistés au mariage de Giuseppe Bono à l'Hôtel Pierre de New York le 16 novembre 1980. Pour voir des photos d'eux lors de ce mariage, se reporter à cet article.
Jour 6, 7, 8 & 9
A partir de ces jours-ci, il s'agit plutôt de contre-interrogatoires plus que des témoignages.
-Le témoignage de Buscetta commence en disant qu'il n'a jamais été impliqué dans le trafic de drogue. C'est bien sûr vraisemblablement faux, mais il ne faut pas perdre de vue que Buscetta témoigne en échange d'une naturalisation Américaine et de l'abandon de charges pour trafic de drogue aux USA pesant contre lui.
Il concède cependant qu'il a assisté à des réunions en 1969 pour savoir si il fallait que la Mafia se lance pleinement dans cette activité
-Selon lui, il y avait le parti pour et le parti contre, parti dans lequel figure Badalamenti du fait de sa mentalité vieille école.
Extrait du contre-interrogatoire entre Buscetta & Michael Kennedy, l'avocat de Badalementi.
-TB: Je ne sais pas personnellement si Gaetano Badalamenti était impliqué dans le trafic de drogue
-MB: Vous connaissez Badalamenti depuis 35 ans. Avez-vous connaissance de preuves qu'il ait jamais été favorable ou impliqué dans le trafic de drogue?
-TB: Je peux dire qu'il n'y était pas opposé par principe, mais je ne sais pas personnellement s'il a été impliqué dans le trafic de drogue.
[source: La Stampa du 8 novembre 1985]
-Buscetta déclare également qu'à sa connaissance, Vito Badalamenti & Vincenzo Randazzo ne sont pas des "Uomini d'onore".
-A propos de ces déclarations, il est à noter que dans le compte rendu du journal La Stampa du 31 octobre 1985 (ce qui correspond au deuxième jour des auditions), Buscetta explique que Badalamenti a organisé de 1977 à 1984 le trafic de drogue depuis le Brésil où il s'était réfugié après son expulsion de Cosa Nostra.
Il aurait même ajouter que Badalamenti aurait depuis le Brésil contacter la Famille Colombo de NY pour une transaction d'héroïne.
Ces passages du journal La Stampa sont assez inexplicables car comme l'expliquera: "Personnellement, je n'ai jamais entendu Badalamenti parler de drogue [on peut légitimement en douter] et comme il n'avait aucun accès à la Mafia, il était impossible pour Gaetano Badalamenti de travailler dans le trafic d'héroïne".
Ce dernier point est un peu plus logique, mais force est de constater que ça n'a pas vraiment freiner Badalamenti.
-Passons rapidement sur les questions matrimoniales de Buscetta, le principal à savoir est qu'il déclare qu'il n'a pas couché avec la femme d'un autre membre sinon il ne serait plus là pour en parler.
La chose la plus intéressante (du moins de ce qui en est sorti dans la presse) est que Buscetta explique que "Les candidats à l'adhésion à la Mafia sont rigoureusement sélectionnés. Le plus important pour cet individu, c'est de devenir un assassin. Tout homme d'honneur, avant d'intégrer la Cosa Nostra, doit avoir tué au moins une fois pour elle".
-Il est donc révélé en fin de procès que Buscetta a signé un accord le 28 octobre 1985 soit 2 jours avant le début du procès.
Interrogé à ce sujet par les avocats de la défense dans l'espoir de le décrédibiliser, notamment par Joseph Ryan, avocat de Filippo Casamento, Buscetta explique qu'en échange de son témoignage il doit recevoir la nationalité Américaine dans les jours qui viennent, avoir une nouvelle identité et une protection pour lui et sa famille.
Ce sera le cas le 14 novembre 1985.
Note: A propos de Filippo Casamento, lui & Buscetta ont été auparavant tout deux impliqués en 1972 dans une fameuse affaire de deal d'héroïne où étaient également impliqué des membres de la Camorra et des Français impliqués avec Auguste Ricord. L'affaire avait valu à Buscetta d'être arrêté au Brésil et d'être envoyé en prison jusqu'en 1980, année où il était reparti une dernière fois pour le Brésil. L'affaire est largement détaillé dans cet article.
Bonus: Le témoignage de Salvatore Contorno
Alors que le témoignage de Buscetta touche à sa fin, le bruit commence à courir qu'un autre pentito d'importance est censé témoigner lors du procès. Il s'agit de Salvatore Contorno, soldato de la cosca de Santa Maria di Gesù, intronisé en 1975.
Si le témoignage de Buscetta n'impliquait pas vraiment les accusés dans le trafic de drogue (hormis Mazzara & Ganci), celui de Contorno sera en revanche beaucoup plus dévastateur pour eux.
| Salvatore Contorno |
-Contorno explique qu'il a rencontré une première fois Salvatore Catalano entre fin 1978 et 1979 lors d'une réunion de Mafiosi. Catalano lui a été présenté comme un "Nostro amico"
La réunion se tenait à Favarella, proche de Bagheria, dans une ferme appartenant à Michele Greco. Ce dernier était le capomandamento de Ciaculli.
Parmi les 80 à 90 invités se trouvaient entre autres, Salvatore Riina, capomandamento de Corleone, Bernardo Brusca, capomandamento de San Giuseppe Jato & Stefano Bontade, capomandamento de Santa Maria di Gesù et Segretario de la Cupola.
Contorno précise que Catalano était surnommé "Toto l'Americano" et qu'il était en compagnie de Giuseppe Ganci .
Contorno ajoute qu'après un copieux repas les convives se sont adonnés à un concours de tir au pigeons...
-Contorno à rencontré une seconde fois vers février-mars 1980 dans une ferme de Bagheria appartenant à Leonardo Greco, capomandamento de la même ville. Cette rencontre avait pour but de finaliser une transaction portant sur 40 kilos d'héroïne.
Trois autres des accusés étaient présents: Salvatore Greco (frère de Leonardo), Gaetano Mazzara & Francesco Castronovo.
A la fin du témoignage de Contorno, il est précisé qu'il bénéficie des même conditions que Buscetta: l'asile, une nouvelle identité, la citoyenneté américaine pour sa famille, une aide financière suffisante et une protection policière.
Le marché a été acté le décembre par Rudolph Giuliani le 2 décembre 1985.







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